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Avalone

Le vin qui remonte le temps

 

Original et têtu, Jean-François JULIEN ! Avec son épouse Véronique, il a entrepris voici cinq ans de sauver un minuscule vignoble de très anciennes plantes, sur la propriété familiale de Saint-Pey-D'Armens. Et d'en tirer la quintessence enen renonçant à aucune des attentions dont peuvent bénéficier aujourd'hui des raisins de haute volée. Du cousu main et de l'artisanat d'art, donc, ayant produit en quantités confidentielles un grand saint-émilion. Son La Fleur-Morange, en grand cru.

Mais l'homme n'a pas borné là sa réflexion. Bien conscient qu'un vignoble centenaire n'était pas éternel, il a décidé d'en préparé la descendance. Et quasiment de décalquer ce vignoble-conservatoire, en produisant de nouveaux pieds, enfants naturels des anciens, par sélection « massale ».
Des commandes des îles britanniques.
Ce travail entrepris depuis quelques années a porté voici deux ans ses premiers fruits. Des merlots héritiers d'où les Juliens ont tiré un jus, puis un vin baptisé « Avalone ». La naissance d'une légende ? Certains, déjà, en Grande-Bretagne, en Irlande ou au Danemark, ne s'y sont pas trompés, en passant commandes.
Pour Eric MORO, chargé de la sélection massale aux pépinières viticoles Duvigneau, à Civrac-sur-Dordogne, qui suit depuis le début cette véritable aventure, il s'agit d'un « travail de fond ». « Cela demande un patient travail de suivi de la vigne, pied par pied. Suivi qui se traduit par des marquages sur les pieds présentant les meilleures caractéristiques, et portant les raisins se rapprochant le plus de ce que le propriétaire veut obtenir. »
Jean-François JULIEN confirme : « nous y avons, ma femme et moi, passé des heures, des journées, et des mois. Nos avons abouti à la sélection d'une quarantaine de pieds parmi les 5 500 de nos vieilles plantes. Et l'on a tiré de chaque pied sélectionné 10 branches portant 8 à 10 greffons que nous avons confié au pépiniériste pour qu'il crée de nouveaux pieds à partir de ces greffons. »
C'est à se travail que s'est attelé Eric MORO avec la bénédiction de son patron. « Nous greffons annuellement quelques 4 millions de plants. Et là, j'ai travaillé sur 4000 plants, pour une seule personne, sur le principe de la collection privée. »
Un plaisir pour ce jeune pépiniériste né en Saint-Emilionnais et formé au lycée de Libourne-Montagne. « Dans la pépinière, nous avons mis en végétation ces 4000 greffons sur des portes-greffes Riparia, les moins vigoureux possible, afin que le porte-greffe ne domine pas le greffon. » Et jusque-là, l'opération s'est soldé par une réussite totale sur ces merlots qui ont servis à remplacer les vieux pieds morts ou moribonds. Des merlots qui viennent de donner naissance à leur premier vin.
Jean-François JULIEN, encouragé par son pépiniériste, assure que son but « est de sauver et de conserver un véritable patrimoine végétal et génétique plus que centenaire. Et de pérénniser un vignoble qui a donné jusque-là les caractéristiques si particulières de mon vin. » Une démarche élitiste ? « Si l'on veut », concède-t-il, « et si l'on prend on compte le temps passé, plus le coût de l'opération. D'autant que je n'ai qu'une petite surface ».
La démarche partagée par quelques très grands (Haut-Brion, Ausone, Cheval-Blanc, ou Yquem) affiche, en tout cas, la séduction de l'évidence. Et la logique de la mémoire. Pour Eric MORO, c'est bien autre chose que le banal clonage. « Aujourd'hui, des clones de merlot 181, il y en a partout dans le monde. Où est la diversité, l'originalité » ?
L'originalité a, d'évidence, eu le droit de citer à La Fleur-Morange, où grandit désormais un petit avalone. Un jeune venu de loin... dont la moitié de la première production à déjà été vendue en primeurs.

Le « caberlot » de La Fleur-Morange

Les vieux ceps réservent parfois quelques surprises. Et manifestent quelques libertés avec... la nature ! Il faut dire qu'à plus de cent ans, un cep peut bien faire ce qu'il veut. Jean-François JULIEN l'a constaté.

Parmi ses très vieilles vignes, où certains pieds dépasse allègrement le siècle, il a repéré l'autre jour un original qui, sur un cep de merlot portait fièrement des branches de merlot -normal- mais également des branches de... cabernet !

Certaines feuilles présentent d'ailleurs d'un côté l'échancrure classique de la feuille de merlot et, de l'autre, le bord arrondi et légèrement dentelé de la feuille de cabernet.

Plus amusé qu'inquiété par ces facéties d'un nature tripotée par les hommes, Jean-François JULIEN s'en est ouvert à Eric MORO.

L'homme de l'art est convenu : aucun pépiniériste fou n'avait pu créer ce « caberlot » !

Seuls le temps, la nature, et sans doute quelques greffages intempestifs peuvent être soupçonnés d'un tel crime de lèse-cépage.